Faut-il parler des règles ?

Dernièrement, je lis beaucoup les mots “tabou” et “règles” dans la même phrase. Et je trouvais ça bizarre, ces deux termes, l’un à côté de l’autre. Quel tabou ? 

Adolescente, je n’ai jamais ressenti de gêne au moment de déposer mon paquet de tampon sur le tapis roulant d’une caisse de supermarché. Toutes les filles ont leur règles me disais-je quand l’idée de dissimuler cette boîte sous une botte de poireaux me traversait l’esprit. Ce “toutes les filles” me rassurait. Comme si la honte n’appartenait qu’au petit nombre.

Et puis j’ai repensé à mes premières règles. J’avais 12 ans.

Je me souviens parfaitement du jour de cette découverte sanglante comme je me souviens parfaitement du Wall Trade Center qui s’écroule. Et sans doute était-ce à quelque chose près le même drame. Une innocence qui part en fumée.

Je me souviens du papier toilette enroulé à la hâte autour de ma main pour le placer discrètement dans ma culotte. Ce papier, c’est le temps supplémentaire qu’une fillette s’octroie pour prendre son courage à deux mains et annoncer à sa mère qu’elle a ses règles.

Ce papier, finalement, c’est peut-être l’allégorie de la honte.

Mes règles, au moins une fois, m’ont mise mal à l’aise. 

 

Il y a cet autre sujet dont on entend parler de plus en plus. La précarité menstruelle. Je fais partie de celles qui ont la chance de voir ce « budget règles » comme une goutte d’eau dans la masse de leurs dépenses mensuelles. Quelle précarité ?

Et puis je me suis souvenue de l’étudiante que j’étais, cette étudiante qui attrape le paquet de tampons le moins cher du rayon et qui ne s’attarde pas sur le concept de “flux” :  “fllux abondant”, ça durera plus longtemps. 

L’inconfort finalement, c’est une forme de précarité.

Mes règles, au moins une fois, m’ont coûté cher.

 

Alors sans doute que tout ce bruit autour des règles est nécessaire. Peut-être devons-nous continuer d’en parler, même si cela nous semble (encore) impudique, même si cela ne touche qu’une minorité. Car quoi qu’il arrive, la honte ne doit pas être portée par un petit nombre.

 

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Combien coûte les règles dans la vie d’une femme ?

En 2017, la BBC a estimé à 1550 livres sterling le coût moyen pour une femme tout au long de sa vie.

Le Monde vient de se prêter à l’exercice en suivant la logique suivante :

  • Une période moyenne de 5 jours de règles (selon le Collège National des gynécologue et obstétriciens français CNGOF)
  • Une recommandation de changer de protections toutes les 3 à 6 heures.
  • Un prix moyen sur les serviettes et tampons selon les données de LSA.
  • Les antidouleurs (souvent en auto médication)

Cela permet d’arriver à un montant de 10€ par cycle. 

Âge médian premières règles : 13,1 ans

Âge médian ménopause : 51 ans

38 ans de règles, soit (grossièrement) 912 cycles.

Les règles, une goutte d’eau dans le budget ? On vous laisse faire le calcul.

 

 

Sophie