Je suis COLETTE.

Colette a été la femme de Willy… un temps.
Et puis elle a été la femme d’une époque.

Colette. Je m’appelle Colette. De mon vrai nom Sidonie-Gabrielle Colette, je ne garderai que le meilleur, la fin. Je suis la dernière d’une fratrie de quatre enfants (la fin donc) élevée par une mère qui m’adore et adorée par un père qui m’élève. Je grandis en Bourgogne, région dont l’accent ne me quittera jamais. Je roulerai les “r” toute ma vie.

À 16 ans, je rencontre Henry Gauthier-Villars dit Willy, un séducteur qui aime déjà prendre la place des autres. La première fois que je le vois, il confie en nourrice l’enfant illégitime qu’il a eu avec la femme d’Emile Cohl (un des inventeurs du dessin animé).

Mais je l’épouse quand même, quatre ans plus tard. J’ai 20 ans. 

Willy est un journaliste, un critique, le propriétaire d’une maison d’édition et un écrivain. Enfin, écrivain. Disons qu’il a une belle signature qu’il appose sur le texte des autres. Et les autres, un jour, c’est moi. Peu de temps après notre mariage, Willy me suggère de prendre la plume.

“ Vous devriez jeter sur le papier des souvenirs de l’école primaire. N’ayez pas peur des détails piquants, je pourrais peut-être en tirer quelque chose…”

Ce que je fais sur un petit bout de table, assise sur une mauvaise chaise, une épaule de travers.

Mais à leur lecture, Monsieur Willy comme je l’appelle, classe les manuscrits dans un tiroir, pendant un an peut-être. Un jour, alors qu’il range son bureau, il s’exclame “Nom de Dieu, je n’suis qu’un con”. Il met son chapeau plat et quitte la maison.

C’est comme ça que je suis devenue écrivain. 

« Claudine à l’école » paraît sous le nom de Willy et je promets de garder le secret. Le premier volume est un succès et s’en suivent alors d’autres tomes : Claudine à Paris. Claudine en ménage. Claudine s’en va. 

Mais moi je reste. 

Toutefois, une révolution discrète naît moi. 

En 1905, j’écris “Dialogue de bêtes” que je signe sous le nom de Colette Willy. Une part de moi commence à briller dans l’ombre de mon mari.

Mon mari, lui, continue de m’être infidèle. Et moi, j’entretiens des “relations inavouables” avec des femmes. Je prends des leçons de danse et de pantomime et je débute sur scène. Je rencontre Mathilde de Morny, dite «Missy», avec qui j’aurais une relation.

En 1906, je me sépare enfin de mon mari dont je ne divorcerai que quatre plus tard, mais je garde son nom pour la littérature : je signerai Colette Willy jusqu’en 1923. Le roman “Le blé en herbe” me libérera enfin de cette tutelle littéraire.

En janvier 1907, au Moulin Rouge, je joue une momie réveillée par le baiser d’un égyptologue qui n’est autre que Missy. Des cigarettes, des tabourets nous arrivent aussitôt sur scène et une bagarre générale éclate. Il n’y aura pas deux représentations.

Cependant, ma vie artistique n’a jamais été aussi remplie, je continue d’écrire des romans et de me produire sur scène.

En 1909, je rencontre Henry de Jouvenel, politicien, journaliste et rédacteur en chef du journal Le Matin, que j’épouserai en 1912. Un an plus tard, alors que j’ai 40 ans, notre fille naît et je lui donne le nom que je me suis déjà choisie : Colette.

Je fais des billets et des reportages pour Le Matin, et je deviens même directrice littéraire du journal. Comme je suis une touche à tout, je ne peux me contenter que de l’écriture. Je fais des adaptations de mes livres au théâtre, je collabore avec Maurice Ravel pour la fantaisie lyrique L’Enfant et les Sortilèges, je tente même d’ouvrir un institut de beauté mais sur ce dernier point, le succès n’est pas au rendez-vous.

Tout comme le premier, mon second mariage capote. En 1935, je me marie pour la troisième et dernière fois avec Maurice Goudeket.

Et puis la guerre éclate alors la vie ralentit. 

En 1945, je suis élue à l’unanimité à l’académie Goncourt dont je deviens présidente quatre ans plus tard. Je continue d’écrire, je suis toujours active mais une arthrite de la hanche me contraint à l’immobilité.

Je meurs en 1954, peut-être pour permettre à une autre femme subversive de briller dans la littérature… Au revoir allégresse, j’aurais beaucoup vécu. Du début, jusqu’à la fin. 

 

Texte de Sophie Astrabie